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jeudi 24 mars 2011

L'année de mon ami Jean Bouchard

Dans les billets précédents, vous avez lu que j'ai commencé à guider un coureur handicapé visuel, que j'ai qualifé d' athlète exceptionnel et dont le nom est Jean Bouchard.

En 1986, j'avais 26 ans et Jean 49 ans. Il est donc de 23 ans mon aîné. En fait, il a un an de moins que ma mère. Mais quel athlète ! Laurent Bilodeau, dans son volume intitulé Jean Bouchard, marathonien aveugle, nous explique très bien comment il était difficile pour Jeannot ( c'est son surnom ) de se trouver quelqu'un pour le guider. J'ai connu Jean en 1983 et lui ai fait connaître le marathon de Montréal. En fait, celà n'a pas été une visite de touriste car j'avais alors abaissé mon meilleur temps sur la distance alors que lui en était à son premier marathon à vie ( 3:26:53 ) bien qu'il avait participé à des compétitions sur des distances plus courtes depuis 1977. En 1984, je n'ai pas guidé Jean une seule fois en compétition. Par contre, en 1985, nous avons récidivé au Marathon de Montréal avec un 3:15:13, Jean abaissant alors son meilleur temps sur la distance de 11 minutes et moi de cinq minutes. Il fallait que je reste dans mes limites pour pouvoir bien le guider. J'étais un peu plus fort que lui mais pas tant que celà.

La semaine dernière, je vous ai parlé de ma saison 1985 et de mes premières participations à des triathlons. Comme je guidais Jeannot régulièrement à l'entrainement et en compétition, je lui ai parlé du triathlon et il a voulu en faire un. Comment un athlète aveugle peut-il faire un triathlon ? Soit, Jeannot était adepte du «cross-training» et il aimait faire du vélo stationnaire et des longueurs de piscine au PEPS de l'Université Laval. Mais un triathlon ?

J'en ai alors parlé au sein du Club La Foulée. André Jean, qui avait été impressionné par Jeannot en 1985 alors que je guidais mon ami lors du 10km La Galipote, a agi comme «gérant» afin de monter une équipe de guides pour le triathlon. André Jean sera, à partir de 1986, un guide régulier pour Jeannot. Ce dernier deviendra, en 1986, lors du triathlon du Roi des Plaines à la Base de plein air de Ste-Foy, le premier athlète handicapé visuel à prendre part à un triathlon au Canada. Il sera accompagné, pour la natation, de deux excellentes nageuses, fera la partie vélo en tandem et la partie course à pied avec un guide comme toujours. Et quand on pense que Jeannot, en plus de ne pas voir, a un problème important de surdité qui a entrainé un trouble du langage quand il était jeune !

Le même été 1986, il fera le difficile triathlon du Lac Beauport, que j'avais complété en 1985, toujours accompagné de ses guides tandis que je pourrai y prendre part seul et me défoncer à mon goût. Voici un petit montage photographique de ces moments inoubliables:


 Je sors de l'eau
 Jean est dans l'eau avec ses deux guides nageuses
 Jean en tandem avec Gaby Vaillancourt
Jean en course à pied avec Roger Goulet
Personnellement, j'aurai encore une excellente saison. Je n'ai pas retracé mon carnet d'entrainement qui s'est peut-être perdu dans un déménagement, mais j'ai gardé plusieurs certificats: 11 courses sur route entre 10km et le demi-marathon, 3 marathons (Ottawa, Montréal et New-York) et quatre triathlons ( Roi des plaines, Magog, Lac Baker (Nouveau-Brunsick) et Lac Beauport. Les 10km seront courus régulièrment en 38 et 39 minutes et j'abaisserai de nouveau mon meilleur temps sur marathon ( et en agissant comme guide ! ) à Montréal avec un chrono de 3:06:41. Ce temps restera le meilleur à vie pour Jeannot. Quant à moi, le meilleur restera à venir. Comme je vous disais, je me retenais un peu.

Mon premier marathon de New-York restera aussi gravé dans ma mémoire. Je l'ai couru seul après un voyage de nuit ( du vendredi au samedi ) en auto avec un ami français qui faisait alors partie du Club La Foulée. Il est clair que nous n'avons pas dormi dans la journée du samedi, trop occupés à faire du tourisme. Par contre, nous nous sommes couchés épuisés le samedi soir et nous avons presque passé tout droit le dimanche matin. Nous avons dû courir pour prendre les derniers bus qui partaient pour le Verrazano Bridge. J'ai quand  même terminé le marathon en 3:17:54 et le parcours n'est pas commode. Folie de jeunesse !

Je termine ce billet avec un autre montage photographique qui représente bien ma saison 1986 où j'ai continué à progresser comme coureur sur route. Je vous donne rendez-vous dans mon prochain billet pour ma saison 1987.

 Je sors de l'eau au triathlon de Magod
Je suis dans la portion vélo au triathlon de Magog
 Je termine le marathon de New-York en 3:17:54
 Meilleur temps à vie pour Jean Bouchard à Montréal 3:06:41





2 commentaires:

  1. Wow! Je suis Daniel Riou, un jeune kinésiologue de 23 ans. J'ai cotôyé M. Bouchard il y a 2 ans, lorsque je travaillais à la salle d'entraînement du PEPS. Il venait courir sur les tapis de façon très régulière. Il impressionnait tout le monde par sa forme. Parfois, il nous arrivait aussi de l'oublier sur le tapis. Jamais de problème avec ça! Je crois que M. Bouchard adore courir! Par contre, je ne savais pas qu'il est aussi actif depuis si longtemps. Je l'ai vu il y a quelques semaine à la course des pichous qui s'est déroulée... dans la neige. Je ne l'ai pas vu après la course, mais j'ai eu de la difficulté avec le parcours... et je vois très bien, alors je m'imagine sa situation ! Très bon blog.

    Daniel Riou

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  2. Toujours des récits très intéressant. Ce sont des temps qui décoiffent avec ces 3h06 et ce n'est pas fini en plus.

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